Kuala Terengganu : Une incroyable rencontre avec Christine Rohani Longuet

Lors d’un voyage au long cours, il n’y a pas que de superbes paysages à admirer. Il y a aussi des rencontres improbables, inoubliables. Lors de notre séjour à Kuala Terengganu, en Malaisie, nous avons eu la chance de rencontrer une française, établie ici depuis plus de 40 ans… Christine Rohani Longuet. Son histoire est tellement incroyable et inspirante, qu’il fallait que je fasse un article rien que pour elle ! Suivez son parcours de vie, des bancs de la Sorbonne en mai 68 jusqu’à la petite île de Pulau Duyong, au cœur de Kuala Terengganu.

Christine Rohani Longuet
Christine Rohani Longuet

De Paris à Kuala Terengganu, au début des années 70

Étudiante à la Sorbonne en mai 68, Christine va voir son univers bouleversé, comme pas mal de jeunes de cette époque. Alors que le temps des hippies s’installe, elle rêve de voir le monde. Au début des années 70, son mariage se termine et elle se retrouve seule avec ses 4 enfants, dont un bébé. Elle décide alors de les emmener au bout du monde, avec ses seules économies. Chose déjà incroyable pour l’époque ! Avec un groupe d’amis, elle se rend donc en Malaisie. Ils ont le projet de construire un bateau pour se rendre en Polynésie et créer une communauté sur un atoll… et pourquoi pas voyager autour du monde par la même occasion !

Kuala Terengganu
Kuala Terengganu, 1980

Mais pourquoi avoir choisi ce pays et surtout cette ville de Kuala Terengganu ? Tout simplement car à l’époque, la construction de bateaux solides en bois est reconnue sur Pulau Duyong (l’île de la sirène, en malais). Christine va donc contacter des constructeurs et c’est l’un d’entre eux qui va accepter le chantier. Mais l’histoire ne s’arrête pas là… Alors âgée de 29 ans, Christine va tomber amoureuse du constructeur de 35 ans, Awi. Elle va donc décider de rester ici, sur cette petite île, envahie par la nature. Awi et Christine vont avoir 4 enfants par la suite. Aujourd’hui, ils ont donc 8 enfants, 26 petits-enfants et 3 arrière-petits-enfants. Ils vivent toujours sur la petite île, dans leur maison traditionnelle !

L’île de Pulau Duyong, connue pour ses constructions de « Pinas »

Au début de la construction de son voilier, Christine voulait un bateau robuste et de qualité pour transporter ses enfants autour du monde. Si ses pas l’ont emmenée vers Pulau Duyong, c’est que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la construction des « Pinas » se faisaient exclusivement sur cette partie du monde. Ces sortes de goélettes, aux allures de Jonques, étaient alors construites en bois de Chengal, un arbre résistant d’Asie du Sud-Est.

The_Jun_Bathera,

La coque des Pinas a été inspirée par les bateaux européens. Il paraît qu’un marin français, au 19ème siècle, a subi la destruction de son bateau au large des côtes de Kuala Terengganu. Il se serait installé ici et aurait influencé la construction des navires. Mais on parle aussi d’influence portugaise. Alliée au savoir-faire traditionnel des malais, ces bateaux sont alors construits sans plans, en commençant par la coque. À la fin de la seconde guerre mondiale, les constructions s’arrêtent… jusqu’à l’arrivée de Christine, qui construit le premier Pinas d’après-guerre. En 1976, le Jun Bathera, long de 16 mètres, est terminé !

Christine Rohani Longuet

8 Pinas seront construits au total depuis cette époque. L’île connaît alors son heure de gloire et de nombreux occidentaux s’installent ici pour faire construire leur bateau. Aujourd’hui, les moteurs ont remplacé les voiles et la construction de ces chefs-d’oeuvre s’est malheureusement stoppée.

Christine, une vie simple et enrichissante

Aujourd’hui, Christine est âgée de 75 ans. Elle est ethnobotaniste et a rédigé de nombreux livres sur la région malaise. Elle prépare également une thèse sur la préservation des espèces et le comportement humain envers elles (assez difficile à expliquer, mais j’en ai compris le sens !). Nous avons longuement discuté avec elle sur la sur-consommation, qu’elle abhorre. Elle a toujours gardé une vie simple, proche de la nature. Ses 8 enfants sont allés à l’école du village, dans les années 70-80. Ils ont donc appris le malais et l’anglais. Christine elle-même parle ces deux langues à la perfection. Ses enfants ont donc étudié à l’école publique… et ça ne les a pas empêché de faire de longues études plus tard, puisque certains d’entre-eux sont aujourd’hui avocats, personal shopper ou encore actrice. Ils vivent aujourd’hui pour certains en Malaisie, d’autres en France.

Christine et sa famille
Christine, Awi et leur famille

S’ils ont quitté le village, Christine y vit toujours avec Awi. Leur maison est en bois, avec une basse-cour au-dessous des pilotis et avec des décorations sculptées de façon traditionnelles. Nous avons adoré nous balader dans les allées, sur l’île. Les enfants jouent dehors, les gens sont souriants et la végétation y a encore sa place. Christine et Awi ont ouvert une Guesthouse, mais n’en font pas forcément la publicité. Ils comptent juste sur le bouche à oreille ! Ils accueillent régulièrement des artistes, car Christine est aussi dessinatrice à ses heures perdues (et quel talent !). Depuis peu, elle a fondé une bibliothèque ouverte à tous. C’est d’ailleurs par ce biais que nous l’avons rencontrée ! Nous lui avons même laissé 2 livres en français.

Cliquez sur les photos pour mieux les voir !

Alors si un jour, vous passez par Kuala Terengganu, ne manquez pas d’aller faire un petit bonjour à cette grande dame très cultivée. Elle sera ravie de discuter en français avec vous !

Et si vous voulez dormir chez Awi’s yellow house, leur guesthouse perdue dans la nature, sachez que vous ne pourrez pas réserver en ligne (je vous ai dit qu’ils n’aimaient pas la société de consommation ?). Mais vous pouvez voir les avis et l’adresse sur Tripadvisor. Demandez aussi aux habitants, tout le monde les connaît !

Voici enfin une vidéo (en anglais sous-titré) qui raconte la construction des fameux Pinas, avec la participation de Christine Rohani Longuet :

 

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4 commentaires sur “Kuala Terengganu : Une incroyable rencontre avec Christine Rohani Longuet

  1. Magnifique histoire, qui nous fait rêver !!! On espère pouvoir la rencontrer la semaine prochaine 😉!! Merci d’avoir partagé cette merveilleuse histoire !!!!
    Ps : vos articles sont top!!!

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